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Les femmes dans l’histoire: l’évolution

Quand on commence à parler de la place des femmes dans l’histoire, on est obligé de parler d’une certaine vision de la société qui donnait peu de place aux femmes.

On entend alors pour nuancer ces propos:

1- que les femmes étaient bien présentes dans l’histoire et nous citer reines et Jeanne d’Arc …

Limiter les femmes à 10 personnes (soyons généreux, disons 20), c’est assez léger … 20 femmes d’ »exception » … ce qui confirmerait pour ces personnes l’existence d’une différence de nature entre les hommes et les femmes; ces femmes entrées dans l’Histoire étant les exceptions qui confirment la règle selon laquelle les hommes sont les seuls à être intéressants car les seuls à avoir « fait quelque chose », ou plutôt à SAVOIR FAIRE quelque chose (sous-entendu de grand, d’intéressant et d’important). -Nous reprendrons ces notions philosophiques et biologiques sur « la nature de l’homme et de la femme » dans d’autres articles.- Il faut en fait voir deux choses:

- les historiens ont fait des choix en écrivant l’Histoire au masculin (il s’agit de retracer l’histoire de l’Histoire, l’historiographie; voir le point 2)

- mais aussi ce choix s’inscrit dans une certaine société qui, malgré ses évolutions, produit elle-même cette rareté des femmes dans des aspects de la société que l’on a jugés plus importants que d’autres (points 1 et 3).

Ce dernier point est gênant car on a un peu l’impression de se mordre la queue : il nous faut en effet expliquer ce « système patriarcal » (qui vient de « père » qui est à la tête de la société) qui a dominé nos sociétés jusque les années 1970 -attention, il n’a pas disparu mais s’est transformé-.

Le « patriarcat » a tout simplement nié la femme dans son individualité -n’étant pas considéré comme un individu à part entière-, l’a rendue esclave de son mari -ou « mineure »-. Point de statut en dehors du mariage. Mais aussi peu de statut dans le mariage.

Nous touchons à un point qui agace à savoir remettre en cause la société dans laquelle nous vivons : le système ayant des racines profondes -historiquement lointaines- et solides , il est pris comme allant de soi depuis des siècles. Le décrire conduit à le dénoncer et à chambouler la vision que l’on nous donnait depuis notre naissance. On est destabilisé au mieux. Agacé très souvent -difficile d’admettre de remettre tant d’aspects de notre vie en cause-. On peut trouver dans ce point une explication de la réaction antiféministe: bouleversant la vision du monde telle quelle est énoncée depuis longtemps, le féminisme dérange et perturbe l’ordre social. Le constat qu’il fait et le recul qu’il prend n’est pas accepté. Il est considéré comme violent , alors que, paradoxalement, la violence réside dans le fait d’écarter la moitié de la société en fonction de son sexe. Cette violence n’est d’ailleurs pas que symbolique. (Nous reviendrons sur les violences faites aux femmes.) Ce procès de la « violence du féminisme » est assez paradoxal : c’est la description de la violence faite aux femmes, dénoncée par le féminisme qui est refusée, ou en tout cas, l’analyse qui en est faite. (La vérité fait parfois mal.)

Il nous faudra alors revenir sur ces « femmes d’exception »que l’Histoire a retenues: voir néanmoins ce que le récit de leur vie apporte sur la société de leur époque et sur la vision que l’on s’en faisait mais aussi se poser la question du parti pris de ceux qui rapportent leur vie -c’est le travail d’historien-ne de vérifier ses sources et voir en quoi l’auteur d’un texte, voire même l’ »historien » d’autrefois n’est pas si neutre-.

Il faudra cependant ouvrir les yeux -et nos esprits- sur les autres femmes « importantes » de ces mêmes périodes que l’on avait pas jugeé bon de retenir car « non conformes » avec l’idée de la femme que l’on s’en faisait. L’Histoire des femmes a permis de voir ce que l’on avait pas voulu voir. L’Histoire se modifie petit à petit et admet de plus en plus ces « oubliées » de l’Histoire.
Tout nous renvoie à la vision de l’Histoire. A ce qu’est l’Histoire, en quoi elle est une « mise en forme » du passé.

2- que c’est normal car l’Histoire, c’est les guerres et qu’elles ne faisaient pas la guerre ….

Limiter l’Histoire à l’histoire de la guerre et, faisons large, du politique serait avoir une idée fausse de l’Histoire. Ou au moins une vision ancienne, limitée, de cette science humaine qui a considérablement évolué et surtout au cours du XXème siècle.

Regarder en effet l’Histoire avec les yeux des « hommes » du XIXème siècle est l’erreur que beaucoup font. Mais l’Histoire que l’on nous a apprise à l’école était/est encore très marquée par cette vision de l’Histoire.

L’Histoire qui voulait tout de même décrire un peu la vie des sociétés a longtemps oublié les femmes, les « noyant » dans un collectif supposé neutre. Ou au contraire donnait un coup de projecteur sur des individualités. Lorsque les médias voulaient/veulent traiter l’Histoire de certains personnages (féminins), on entre dans la « petite Histoire » à qui on enlèverait facilement le h majuscule. Celle du privé, des histoires de moeurs … (la vie de telle ou telle favorite du roi etc.). Cela reflète encore bien la vision de la société et celle de la femme que l’on a(vait), à savoir très « sexualisée ».

Il faudra donc approfondir cette évolution de l’Histoire, quels ont été ses « sujets« .Voir comment cette science humaine a reflété les idées de son temps qui ne valorisaient que les hommes. Il ne s’agit pas d’être anachroniques mais de resituer l’Histoire dans son contexte historique et de relativiser -au minimum- cette « Histoire académique ».

Aujourd’hui, l’Histoire est plurielle et touche à de nombreux aspects de la vie quotidienne des hommes et des femmes qui ont vécu sur Terre. D’où l’élaboration durant ces quarante dernières années d’une Histoire des femmes qui « compense » et « rattrape » ces siècles -et millénaires- d’un histoire au masculin. On nous a raconté l’histoire des hommes – avec quelques femmes pour la décoration !-; il s’agit de la compléter. De l’enrichir. De la rendre la plus complète possible, sans parti pris, enfin neutre, s’il est possible !

Il y a d’autres « sujets historiques » à explorer comme l’histoire de la masculinité, de la virilité (pas si « naturelle » que cela), de la féminité (idem), de l’homosexualité, de l’hétérosexualité (pas si « naturelle » que cela) etc. Il s’agit de prendre du recul sur ce que l’Histoire -et ses historiens- ne jugeaient pas importants d’être décrits et racontés. Prendre aussi du recul sur ce qui, au contraire, leur paraissait si important, si absolu qu’il ne fallait pas les remettre en cause. Car en les inscrivant dans une approche historique et culturelle, cela amène à les réduire, à n’être que relatifs et donc susceptibles de changer, d’évoluer, ce qui est impensable dans la vision de la société que l’on se fait alors !
Il nous faut comprendre que ce que l’on a avancé comme « naturel » depuis des siècles est en fait du « culturel », c’est à dire du relatif et en tant que tel, un objet historique.

 

3- que c’est normal : l’évolution est ainsi; la société évolue et il faut laisser faire l’évolution (donc en gros: les féministes, arrêtez de vouloir faire la révolution !) !

Ce serait faire l’impasse sur, justement, l’histoire des femmes et du féminisme qui montrent bien que des périodes de « backlash » -retour de bâton- suivent très souvent des périodes de « progrès » (sous entendu des droits des femmes mais on pourrait parler des droits de tous les êtres humains).

C’est aussi revoir à quoi/qui on attribue ces progrès -en particulier ceux du XXème siècle, siècle de l’émancipation féminine en Occident- : qu’est ce que l’Histoire -dans sa vision ancienne- a voulu retenir des féministes pour le dire plus clairement !?
C’est une vision de l’Histoire qu’il faut corriger. Cette confiance (aveugle) dans les « lois du progrès » est à relativiser avec des exemples historiques qui montrent que cette croyance est fausse et n’existe que par méconnaissance, voire ignorance de l’Histoire -qu’il nous est impossible de maîtriser dans sa totalité, même pour des historien-ne-s-.

Les résistances à ces progrès illustrent bien le système de pensée qui enferment (encore) les femmes dans des rôles ou sphères d’action limités. Car au « patriarcat », ont succédé ce que l’on appelle le « viriarcat » (pouvoir des hommes) et le « fatriarcat » (pouvoir des frères).

Le « Père », à la tête de l’Etat ou de la famille -c’est le « Patriarcat »-, a été au cours de l’histoire détrôné : le « père » de l’Etat – le roi-, durant la Révolution française; le « chef de famille » d’une famille par une loi en 1970 qui remplace l’autorité paternelle par l’autorité parentale -des deux parents -. Même si on constatera qu’il faut du temps pour que la loi soit bien intégrée par les citoyens…

Ce n’est donc plus le père qui est le détenteur du pouvoir mais un groupe d’hommes d’où les mots « viriarcat » et « fratriarcat » : à la Révolution française, les hommes révolutionnaires ont « tué le père » mais ont confisqué le pouvoir à leur profit, pour eux, entre eux (les fils ont tué le père; partagé le pouvoir entre « frères ») et ont barré la route aux femmes révolutionnaires qui croyaient à l’égalité des Hommes.

« Liberté, égalité » …. on y a cru …. « fraternité », le mot dit bien ce que cela veut dire : les « soeurs » ne sont pas les bienvenues dans cette nouvelle (vision de la) société, à cette nouvelle forme de pouvoir entre « frères ». Pas de « sororité » (que reprendront sans innocence les féministes des années 70).

L’ »androcentrisme » est une vision limitée, genrée, du monde . Vision qui ignore, oublie -au mieux- les femmes. Le mot est inconnu pour qui n’est pas féministe. Donc il est, lui aussi, oublié, nié.
Le « sexisme » est une manifestation dans la langue, dans les actes de cet androcentrisme. Les années 70 ont beaucoup parlé de sexisme, ce qui a conduit à une certaine prise en compte par la société et l’Etat.

Utiliser ce mot « sexisme » donne lieu à plusieurs attitudes : on nous renvoie aux années 70 et ce que dénonçait les féministes de l’époque pour dire que c’est fini -on est arrivé à l’étape finale de l’évolution de la femme, égale de l’homme ! Tout le monde descend !-.

Ainsi, pour certains, le mot serait anachronique (il n’est plus valable). Voire extrémiste (car exagéré, disproportionné). On nous dit aussi que le sexisme existe certes au quotidien mais en gros, il n’y a rien à faire -et surtout pas devenir « féministe » !-. Il ne faudrait pas l’inscrire dans un système plus vaste. Ce serait des actes isolés.

Aujourd’hui, on parle plutôt de « machisme » pour qualifier cette attitude. Ce dernier est vu avec une certaine bienveillance, car il n’est utilisé que de manière exceptionnelle pour qualifier une minorité d’hommes souvent un peu ridicules, un peu vieux, un peu réac’.

Les systèmes de patriarcat, viriarcat, fatriarcat permettent ces manifestations sexistes et machistes qui mettent l’homme au pouvoir, en position de supériorité sur la femme. La domination s’exerce de toutes les manières: physiquement et symboliquement, dans les actes, le langage.

Ces systèmes sont la cause et la conséquence de l’infériorisation des femmes. Parce que la femme n’est pas jugée l’égale complète de l’homme, on n’a pas jugé bon de l’éduquer comme l’homme. Ces femmes que l’Histoire a pu retenir ont pu se dégager de la norme sociale de leur époque.

Le système se reproduit et seule la conscience d’appartenance à un groupe minoré permet de rompre le cercle vicieux, cela s’appelle le féminisme.

 

 


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