De l’androcentrisme … le 3ème paradoxe: où sont les femmes ??!

J’ai fait l’ébauche d’une première définition du féminisme (http://lefeminismepourlesnuls.unblog.fr/2009/08/18/une-premiere-definition/).

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le féminisme entend dénoncer l’androcentrisme de nos sociétés. Point de compote ou de confiture là-dedans mais seulement une vision réduite du monde qui pense à travers le prisme masculin: l’homme (« andros » en grec) serait au centre du monde -de la société et tout ce qu’elle sous-entend: politique, culture etc.-.

Cela peut surprendre mais il faut déjà souligner un fait linguistique qui n’est pas exclusif au français: quand on dit/écrit « hommes », de qui parle-t-on ? S’agit des hommes avec un h minuscule ou des Hommes avec un h majuscule, la nuance est de taille, vu qu’on passe subtilement de l’Humanité à la moitié de celle-ci, en zappant donc l’autre moitié (plus de trois milliards d’individues)…

Car le mot ” Hommes” ( du latin “homo”, l’espèce humaine) est censé inclure les femmes mais, de manière très subtile, dans un texte, une discussion, on peut passer du général à ce “faux particuler “ réducteur qu’est l’ »homme » et de ce “particulier un peu escamoté -de moitié-”, on passe aussi au général en faisant un glissement de sens ENORME.

Contresens et ambiguité au minimum embrouillent et donnent au propos un caractère bien flou et trompeur. Mais cela engage beaucoup plus loin que la simple distinction de vocabulaire.

D’”Homme”, on passe à ”hommes” et vice versa (homme, du latin “vir”, le mâle de l’espèce humaine), ce qui exclut alors les femmes.

On en arrive donc aux conséquences : deux paradoxes « ex-aequo », »troisièmes paradoxes », qui fonctionnent souvent ensemble dans une cuisine du méli-mélo « j’tembrouille ni vu ni connu » !

3èmes paradoxes: les “femmes” deviennent parfois des “hommes” sans avoir voulu changer de sexe … mais aussi les “Hommes” ne désignent parfois que la moitié de l’humanité (la masculine, bien sûr !) …

Résumons ces paradoxes : les femmes sont invisibles quelle que soit la situation !

Or, pour être claire à l’écrit, je mets, moi, la majuscule là où la majorité des gens ne la met pas … donc comment savoir de qui on parle ? Parle t on de l’espèce humaine ou seulement de la moitié mâle de celle-ci ?

Le contexte des discussions/phrases deVRAIT nous le dire mais pas toujours, loin de là !

J’entends et vois tout-à l’heure (samedi 22 août), aux infos du 20h de france 2, un reportage sur des incendies en Grèce et il est « que les h/Hommes au sol » (sous-entendus pompiers) ont du mal à combattre les feux …

Si une image ne me montrait pas une femme -pratiquement au moment où le mot « hommes » est prononcé !-, rien ne me permettrait de savoir qu’il y a des femmes pompiers là-bas. Ni plus tard dans le reportage quand on parle « des pompiers ». Je vois une femme mais elle est invisible dans le discours.
Je suppose ici que ces images ne sont pas d’archive et qu’elles correspondent bien à la situation décrite dans le commentaire oral. Il y a donc bien des hommes et des femmes pompiers.

Je remplace par « êtres humains au sol » dans la phrase du reportage : ridicule ; ce n’est pas ce sens-là du mot ! Il s’agissait donc des « hommes » et non des « Hommes »; il s’agit du masculin qui occulte par contre la réalité -si j’en crois les images-.

On pourrait me dire que ce n’est pas le propos du reportage, le sexe des pompiers ! Certes, mais ce qui est véhiculé par le langage est qu’il n’y a que des hommes pompiers, que ce métier (héroïque) n’est qu’un métier d’hommes ; ce qui n’est pas sans conséquence: rares seront alors les filles/femmes à se sentir concernées par ce métier, métier « d’hommes ».

Dans le reportage, « les hommes au sol » avait une valeur quasi militaire, chargée d’une dose d’héroïsme certaine. C’est d’ailleurs un sens du mot « homme », comme dans l’expression « méliorative » -qui dit du bien- « quel homme ! ». Peut-être faut-il comprendre en fait l’usage fait ici comme un équivalent  » de troupes (de pompiers) au sol »; les « hommes du sergent » étant les « soldats » … A une époque, celui-ci correspondait bien à une réalité: les soldats étaient des hommes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui -même s’il y a je pense une majorité nette d’hommes- mais le mot reste donc les femmes sont des hommes …

Les femmes pourraient-elles être des « héroïnes » ? Le mot me surprend car son usage est limité à une héroïne de roman, d’histoire, de film mais pas à la VRAIE vie. Le mot renvoie à la vraie vie pour désigner cette drogue terrible qui tue…. Le choix de noms féminins est souvent ambigu….

Deux exemples dans les journaux de France 3 du 26 août:

- un reportage sur la sorcellerie et l’université d’été qui lui ait consacrée: on annonce « les sorciers et les sorcières » -on se dit « tiens, les femmes ne sont pas invisibles !-; or, le contenu du reportage parle « des procès qui visaient les femmes en priorité »; propos expliqué dans le reportage par le statut de la femme à cette époque.

C’est donc étrange: la règle grammaticale veut que les femmes soient englobées par le masculin. Invisibles donc. Quand ce sont elles qui sont les premières concernées, dans leur grande majorité -ici par une répression, il est important de le souligner-, elles réapparaissent en étant distinguées des hommes qui sont, bien que minoritaires, bien présents -jamais oubliés-.

- un reportage sur le « sexting »: à savoir la manipulation de jeunes qui utilisent des images issues de webcams et des téléphones portables d’anciennes petites amies qui se sont dévoilées, sans savoir que ces photos/vidéos étaient faites ou mises sur le net à leur insu. Tout le reportage parlait de jeunes filles manipulées par des ex. Rien dans le commentaire n’affirmation pourtant l’aspect genré de cet état de fait : les filles sont majoritairement victimes. Elles sont néanmoins invisibles dans le commentaire neutre et assez muet sur le sexe des victimes; il faut faire  la somme d’exemples qui se conjuguent au féminin pour faire soi-même la conclusion.

Le monde en parle : Aux Etats-Unis, la situation a tourné au drame, en 2008, quand une jolie blonde de 18 ans, Jessica Logan, s’est pendue après que son petit ami, avec qui elle avait rompu, eut diffusé à ses camarades de classe des images d’elle dénudée.
Ainsi, même quand les femmes sont les principales « actrices », elles sont mêlées dans une forme bien étrange d’égalité avec les garçons, une neutralité qui ne transcrit pas la réalité genrée, à savoir que les femmes sont

majoritairement touchées, touchées ici par des atteintes à leur vie, pas moins. Il s’agit avec ces deux exemples si différents de maltraitance voire de persécution de femmes.


Ambiguité de la langue française que l’on retrouve dans d’autres langues.

Ambiguité des propos qui se disent pour tous et pour toutes alors qu’ils sont au final que pour tous. On reviendra sur l’exemple le plus typique : la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1789 … (enfin, elle se voulait « universelle » mais oubliait la moitié de la population …)

Nous parlerons aussi de grammaire et de ce fameux “masculin qui l’emporte », symbole que la langue est restée figée pour certains aspects au XVIème siècle … et cela n’a pas dérangé ces messieurs qui gouvernaient.

Il s’agit donc de prendre beaucoup de recul sur nos sociétés, leur évolution ainsi que de leur mode de pensée et surtout à l’évolution du “penser humain”.

La Terre n’est pas au centre de l’univers comme on l’a cru (géocentrisme= la Terre au centre, création première d’un Dieu).

L’Europe n’est pas le seul continent sur la planète (européanocentrisme= l’Europe au centre, nombril du monde comme nos cartes peuvent nous laisser à penser mais dans un globe, le seul “centre” est le noyau de la boule, non ?).

L’Homme blanc n’est pas le seul être humain dans ce monde (ethnocentrisme qui amène au racisme; cad que l’élément de comparaison, la “norme” est la culture et le peuple auxquels on appartient; ce qui amène à hiérarchiser les peuples, à fonder des théories selon lesquelles certaines “races” d’Hommes seraient supérieures à d’autres).

L’homme n’est pas le seul être humain à avoir seul le pouvoir de décider dans le monde (androcentrisme qui amène au sexisme; cad que l’attitude privilégiant plus ou moins l’existence, le point de vue ou la pensée de l’homme permet à l’homme de penser à la place des femmes, de les oublier, de les nier, voire de les soumettre en effectuant une hiérarchie entre les sexes: le sexe masculin serait supérieur au sexe féminin) .

Le choix des mots sera donc important. Et ce n’est pas par un quelconque pédantisme -ou intellectualisme- de ma part que certains mots seront utilisés, même s’ils peuvent surprendre car peu utilisés ou peu vulgarisés.

J’essayerai simplement d’être la plus précise possible en utilisant les termes qui correspondent le mieux à certaines situations, certains actes ou certaines idéologies. Il s’agit de nommer ce que l’on a eu pour habitude de ne pas nommer car allant de soi ou, au contraire, jugés de oeu d’intérêt.

Or, cet “oubli” permet l’invisibilisation -”cela n’existe pas!”. Il s’agit de dépasser les tabous (langagiers) de nos sociétés, de prendre suffisamment de recul pour voir, comprendre, déconstruire, nommer et proposer.

Il faut, pour avoir du recul sur cet androcentrisme, appréhender plusieurs disciplines : l’histoire de l’Homme -souvent réduite à l’histoire de l’homme, d’où l’émergence ces trente dernières années d’une Histoire des femmes-, mais aussi d’autres sciences dites « humaines » (philosophie, sociologie, géographie, …) et leur évolution (l’histoire de l’Histoire: l’historiographie).

Idem pour les sciences dites dures qui s’attachent à l’Homme comme la biologie. Ces « sciences » (qui vient du latin « scio : savoir ») ont été la base de théories qui ont souvent exclu les femmes, pour ne pas dire qu’elles ont permis leur dénigrement dans nos sociétés.

2 commentaires à “De l’androcentrisme … le 3ème paradoxe: où sont les femmes ??!”


  1. 0 Aurélie 25 août 2009 à 14:39

    Est-ce que tu n’as pas justement peur que ces chipotages de détails de vocabulaire n’occultent le propos et là où l’égalité hommme/femme est finalement plus importante..?

  2. 1 lefeminismepourlesnuls 30 août 2009 à 23:03

    J’essaie à la fois d’aller au fond des choses -surtout celles non dites- et de prendre du recul pour mieux voir enquoi ces choses -souvent si anodines qu’habituellement admises- s’inscrivent dans une idéologie plus globale.

    C’est ce qui effraie. Non pas qu’il y ait un énorme complot. C’est ce que l’on appelle un système de pensée, une culture. On baigne dedans sans s’en rendre compte, sans la remettre en cause. Il faut pouvoir s’en détacher et ce n’est pas si évident.
    L’Histoire des femmes est d’ailleurs intéressante pour prendre ce recul.
    J’ai donc l’impression d’être parfois dans la petite touche impressionniste et parfois dans la vision globale d’un tableau bien attristant, quand je vois que chacune de ces touches sont les unes à côté des autres et parfois se mélangent.
    Mais ce blog n’est qu’en construction et je construis ma pensée.
    Il est évident que l’égalité hommes/femmes est la visée du féminisme; aussi elle a sa place dans ce blog. J’essaie donc de parler de ce que dénonce le féminisme. A savoir, justement, un mode de pensée admis de génération en génération qui reproduit les inégalités et une hiérarchie des sexes.

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